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La Haute-Loue, une rivière mythique mais dégradée

Les ouvrages de géographie et de géologie présentent la source de la Loue comme l’archétype de résurgence des eaux rassemblées, à la fois en provenance d’un bassin versant et de circulations souterraines en milieu karstique provenant de la capture des eaux du Doubs en aval de Pontarlier. Le peintre Gustave Courbet a représenté cette source dans ses tableaux comme d’autres sites connus de la Loue autour de la cité d’Ornans, sa ville natale, où son musée attire à présent des touristes de toute provenance. La rivière a longtemps attiré l’élite des pêcheurs sportifs, à la recherche de truites trophées et de nature préservée.

Les signes avant-coureurs d’une dégradation de la qualité des eaux ont été détecté par les experts scientifiques depuis plusieurs décennies, prenant notamment la forme de développements algaux importants. Cette maladie nommée eutrophisation est provoquée par un excès de nutriments (N et P) par rapport aux capacités d’autoépuration de la rivière. Elle n’est pas sans rappeler celle provoquée chez l’homme par un excès de nourriture : l’obésité. La Loue soufre également de pollutions d’origines agricoles, industrielles et domestiques qui, conjuguées aux effets de l’eutrophisation, se traduit par une diminution significative de la biodiversité et des potentiels piscicoles par rapport à l’état de référence pour ce type de rivière. Des mortalités importantes de salmonidés (truites et ombres) ont eu lieux en 2010 & 2011, puis plus récemment en 2020 & 2021, notamment après leur période de reproduction.

La Haute-Loue reste malgré tout un terrain de jeu exceptionnel pour les pécheurs et il est encore possible de faire de très belles pêches dans un cadre magnifique. Notre parcours est situé à quelques kilomètres seulement de la source et la température de l’eau est relativement stable toute l’année, ce qui est un atout majeur dans un contexte de réchauffement climatique. Tous les efforts doivent être faits pour restaurer la qualité de l’eau, et il ne fait aucun doute que les invertébrés et les poissons reviendront en nombre !!!

Actions au niveau du bassin versant :

Fin Septembre 2022, le préfet du Doubs a tenu une conférence de presse pour annoncer le Plan Rivières Karstiques 2022-2027. Ce plan engage une nouvelle phase de l’action publique au service de la reconquête de la qualité des eaux de nos rivières karstiques, visant à retrouver des rivières en bon état en 2027 (correspondant d’ailleurs aux objectifs fixés par la Directive Cadre sur l’Eau).

Nous ne pouvons que nous féliciter de cet engagement, et nous attendons avec impatience des résultats tangibles pour nos rivières !

Un pas important a par ailleurs été franchi le 8 Mars 2022 puisque les membres du bureau de la Commission Locale de l’Eau ont validé les « concentrations maximales admissibles dans le bassin-versant du Haut-Doubs et de la Loue » proposées par les scientifiques du laboratoire Chrono-Environnement de l’université de Franche-Comté.

Ainsi par exemple pour les nitrates (NO3-) sur la Haute-Loue :

Concentration en nitrates (en mg/L) Haute-Loue
Concentrations naturelles 1 à 3
Concentration admissible 3,5
Concentrations actuelles 5,7 à 7,1

 

Actions au niveau local :

Un projet de restauration des ruisseaux Raffenot et Vergetolles est inscrit dans le contrat de Bassin 2022-2024, afin de leur rendre l’ensemble de leurs fonctionalités biologiques.

Les objectifs de ce programme ambitieux sont les suivants :
–  Objectif 1 : Limiter la durée des périodes d’assec et d’étiage sévère sur ces ruisseaux
–  Objectif 2 : Recréer des habitats préférentiels (frayères, caches) pour la faune piscicole
–  Objectif 3 : Permettre l’accès aux géniteurs de la Loue à partir de l’étiage « moyen »

Les travaux correspondant à la tranche 1 ont été pratiquement achevé en Octobre 2023. Quelques améliorations sont encore prévues incluant la consolidation de 2 seuils endomagés suite aux fortes eaux, une recharge granulométrique légère en gravier pour création de zones de frayères, ainsi que des plantations par boutures de saules. Un suivi annuel de l’évolution du ruisseau devrait être assuré par la Fédération de Pêche du Doubs avec l’Université de Franche-Comté.

Une seconde tranche devrait démarrer en 2024 concernant la partie amont du ruisseau du Raffenot.

Ce projet est piloté par l’EPAGE, une présentation de la tranche 1 est disponible ici.